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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 09:25

                                           ‘Uthmân Ibn Mad’ûn

 

‘Uthmân Ibn Mad’ûn était parmi les tous premiers convertis à l’Islam. D’une nature calme et austère, il avait un penchant marqué pour la vie ascétique. Il abhorrait, depuis sa plus tendre enfance, l’esprit libertin et obscurantiste de ses concitoyens et semblait toujours à la recherche d’une voie susceptible de le mener vers la Vérité. L’élan de son âme vers la révélation coranique fut donc des plus naturels dès lors qu’il avait trouvé la réponse à tous ses questionnements existentiels.

En effet, dès le moment où les lueurs de la Révélation commencèrent à poindre, illuminant les cœurs des chercheurs de Dieu, ‘Uthmân Ibn Mad’ûn n’hésita pas à aller rejoindre le groupe des disciples de Mohammed (saw), les « compagnons » comme il sera d’usage de les appeler. Il deviendra ainsi un des habitués de la demeure  d’Al-Arqam, lieu où le Messager de Dieu (saw) transmettait et expliquait les versets révélés. Comme tous les musulmans faibles et sans défense, il sera la victime des persécutions et des exactions des païens qui s’acharnèrent sur lui. Il fera donc partie de ceux qui émigreront en Abyssinie pour échapper aux persécutions des qurayshites. Il y sera lors de la première et de la deuxième émigration en compagnie de son fils As-sayb. En Abyssinie, il gardera toujours sa foi en l’unicité de Dieu et la mission prophétique de Mohammed (saw). Il restera fidèle au message en qui il avait trouvé paix spirituelle et sérénité.

Et les mois passèrent. ‘Uthmân et ses compagnons d’exil attendaient avec impatience le jour où ils pourraient revenir chez eux. Un jour, une rumeur parvint à nos exilés disant que la Mecque s’était convertie à l’Islam et que les qurayshites avaient fini par se prosterner devant le Dieu unique. Ce fut la joie chez Ibn Mad’ûn et ses compagnons, heureux d’entendre une telle nouvelle. Ils firent leurs adieux à l’accueillante et tolérante Abyssinie et reprirent le chemin du retour. Or, une déception les attendait. La conversion des qurayshites n’était qu’une rumeur sans fondement. La Mecque, du moins une grande partie de sa population, restait hostile au Message du Prophète (saw). Il ne leur restait plus que la vieille pratique arabe du jiwâr, le droit de protection à un homme menacé ou traqué. Celui qui jouissait de ce droit de la part d’un noble était immunisé contre toute poursuite ou violence. Seuls, quelques exilés pouvaient se permettre ce privilège. Ibn Mad’ûn était de ceux-là. Il se mit sous la protection du chef qurayshite Al-Walîd Ibn Al-Mughîra et put, de ce fait, entrer librement à la Mecque. Plus personne ne pouvaient s’en prendre à lui, et il pouvait aller et venir à sa guise dans les rues de la Mecque. Ce n’était pas le cas, par contre, pour les autres croyants qui n’avaient pas eu le bonheur d’être protégés comme lui. Pour eux, les brimades continuèrent comme avant. C’est pourquoi, ne pouvant supporter de voir ses compagnons maltraités alors qu’il jouissait d’une protection, il alla trouver Al-Walîd Ibn Al-Mughîra et lui demanda de lever son immunité. Etonné, ce dernier lui dit : « pourquoi ô fils de mon frère ! Un des hommes de mon clan t’a-t-il fait du tort ? » - « Non, mais la protection de Dieu me suffit et je ne veux pas que quelqu’un d’autre me protège. » Al-Walîd lui dit alors : « Allons à la Ka’ba pour déclarer publiquement que tu n’es plus sous ma protection. » Devant l’oratoire, Al-Walîd déclara solennellement qu’Ibn Mad’ûn n’était plus, selon son désir, sous sa protection. Ibn Mad’ûn en fit de même et déclara qu’il avait demandé lui-même la levée de la protection.

C’était sa façon à lui de partager les souffrances de ses frères. Du jour au lendemain, il se retrouva comme eux, sans défense autre que celle de dieu. Un jour, alors qu’il passait devant une assemblée de qurayshites, il entendit le poète Labîd Ibn Rabî’a réciter des vers. Il s’assit devant eux tandis que Labîd déclamait les vers suivants : « toute chose en dehors de Dieu n’est que vanité. » Ibn Mad’ûn répliqua : « Tu dis vrai. » Labîd reprit : «  Tout bienfait est fait pour ne pas durer. » Ibn Mad’ûn répliqua : « Tu mens car les bienfaits du Paradis sont éternels. » Vexé, Labid se tourna vers ses auditeurs et  leur dit : « Ô peuple de quraysh ! Par Dieu, jamais auparavant un membre de votre assemblée ne se faisait traiter ainsi. Comment acceptez-vous cela ? » Une personne de l’assistance lui répondit : « Celui-là est insolent, il a apostasié notre religion. Ne fais pas attention à lui. »  Uthmân répliqua à l’homme et vice versa jusqu’à ce que la polémique se transforma en dispute. L’homme se leva et donna un coup de poing l’atteignant à l’œil. Al-Walîd Ibn Al-Mughîra qui avait assisté à la scène, dit à Ibn Mad’ûn : « Par Dieu ! Ô fils de mon frère, si ti étais sous ma protection, ton œil n’aurait pas été atteint. » Ce dernier lui dit : « Par Dieu, mon œil sain voudrait bien recevoir ce qu’à reçu l’autre œil pour l’amour de Dieu. Et sois assuré, je suis sous la protection de Celui qui est plus fort et plus puissant que toi. » Ibn Al-Mughîra lui proposa une nouvelle fois de revenir sous sa protection mais il déclina l’offre, confiant en sa foi en Dieu. Son destin et celui de ses frères parmi les faibles et les persécutés ne faisaient qu’un et il ne pouvait en être autrement.

C’est alors qu’eut lieu l’émigration de Médine des exilés d’Abyssinie qui purent échapper ainsi et d’une façon définitive aux persécutions des infidèles de Quraysh. La miséricorde de Dieu n’avait pas de limites. Après les épreuves et les vicissitudes, vint le temps de la quiétude et de la paix. A Médine, les croyants pouvaient se consacrer à l’adoration de Dieu sans craindre les exactions de qui que ce soit.

La vie de ‘Uthmân Ibn Mad’ûn était faite d’adoration passionnée et de renoncement aux plaisirs de ce monde. Il jeûnait le jour et s’absorbait dans les prières la nuit. Sa vie était devenue un hymne continuel à la gloire du Seigneur. Ayant renoncé d’une façon définitive aux attraits de la vie, il ne mangeait que des repas simples et ne portait que des habits en haillons ou en étoffes rugueuses. La vie  n’avait plus d’intérêt pour lui. Un jour, il entra à la mosquée, alors que le Messager de Dieu (saw) s’y trouvait avec un groupe de compagnons. Il portait un habit déchiré qu’il avait rafistolé avec un morceau de fourrure. En le voyant ainsi, le Prophète (saw) eut de la compassion pour lui et ses compagnons se mirent à pleurer. L’Envoyé de Dieu leur dit : « Qu’en êtes-vous du jour où l’un de vous portera le matin un vêtement et le soir un autre, où vous enveloppez vos demeures comme on enveloppe la Ka’ba ? » Les compagnons répondirent : « Nous souhaitons que tout cela se produise, ô Messager de Dieu et que nous soyons dans le bien-être et le confort. » Le Messager de Dieu (saw) leur rétorqua : «  Certes ce jour arrivera mais sachez que la façon dont vous vivez aujourd’hui est préférable à celle que vous vivrez ce jour-là. »

Le renoncement de ‘Uthmân était tel qu’il alla jusqu’à négliger ses devoirs conjugaux. Le Messager l’appela un jour et lui dit : « Ô ‘Uthmân ! Tu as des obligations vis-à-vis de ta femme. C’est ainsi qu’est ma sunna en ce domaine. » Il revint à sa femme, mais continua sa vie de renoncement et d’ascétisme avec plus de rigueur. Car c’était là son tempérament et sa vocation. Le Messager de Dieu (saw) savait cela et lui manifestait un grand amour. Le jour de sa mort, il le pleura tellement que ses larmes inondèrent son visage. Il l’embrassa sur le front en lui disant : « Que Dieu te soit miséricordieux, ô Abû As-sayb ! Tu es parti de ce monde sans qu’il n’ait rien pris de toi, et sans que tu n’aies rien pris de lui. »

Le jour de sa mort, ’Umar dira : « Lorsque ‘Uthmân Ibn Mad’ûn décéda de mort naturelle, il perdit un peu de mon estime dans mon cœur. Je me suis dit : ‘Regardez un peu celui d’entre nous qui était le plus renonçant à ce monde. Voilà qu’il meurt de mort naturelle.’ Mais lorsque le Prophète ‘saw) décéda de mort naturelle et après lui Abû Bakr, je me suis dit : ‘Malheur à toi, les meilleurs d’entre nous meurent de mort naturelle.’ Et il reprit l’estime qu’il avait dans mon cœur. »

‘Umar s’attendait à ce que ‘Uthân meure sur le champ de bataille en martyr.  ‘Uthmân Ibn Mad’ûn, l’ascète, le sage, sera le premier musulman à mourir à Médine. Il sera aussi le premier à être enterré au cimetière d’Al-Baqî’. Que Dieu soit satisfait de lui !

 

Tirait du livre : Les compagnons du Prophète(tome1)

Les premiers homme de l'Islam

Messaoud Abou Oussama

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