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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 07:38

                                              Khâlid Ibn Saîd

 

Il faisait partie d'une des familles les plus aisées et les plus noble de la Mecque. Son père, Sa'îd Ibn Al-'Âs, était en effet issu de la célèbre tribu qurayshite des 'Abd Manâf. C'est donc au sein d'une grande tente que vit le jour et grandit notre noble illustre compagnon Khâlid Ibn Saîd. Comme tous les jeunes des familles aisées de la Mecque, Kâlid vivait dans l'insouciance matérielle, profitant de la vie et de ses plaisirs. Il faisait la joie de ses parents qui le croyaient et accédaient à toutes ses demandes.

 

Or, depuis quelque temps, Kâlid n'était plus le même homme, joyeux et insouciant. Il semblait préoccupé par quelque chose qui troublait son esprit et l'empêchait de se concentrer sur quoi que ce soit. C'est que la nouvelle de la révélation faite à Mohammed (saw) à la grotte de Hirâ commençait à se propager dans la Mecque pour devenir le sujet de discussion de tous les qurayshites. Kâlid non plus ne pouvait échapper à cette terrible interrogation : Mohammed (saw) était-il sincère ? Comment tous les habitants de la Mecque, il connaissait la sincérité et l'honnêteté de son concitoyen. Tout ce qu'il préférait dans cette vie, c'était la retraite et la solitude dans une grotte des environs de la Mecque appelée Ghâr Hirâ. C'est là qu'il avait l'habitude de se retirer pour méditer des journées entières. C'est là, dira-t-il, que l'Ange Gabriel est venu lui apporter la révélation pour quelle raison mentirait-il, se demandait sans cesse Kâlid, et pour récolter quoi, puisqu'il ne voulait ni de ce monde ni de ses plaisirs ?

Et les questions harcelaient l'esprit de Kâlid durant des jours et des jours jusqu'à ce que la lumière divine pénétrât son coeur. Une nuit, alors qu'il dormait, il fit un rêve étrange. Il s'est vu devant un grand feu au milieu duquel son père voulait le jeter, en le poussant de ses deux mains. Il vit ensuite le Prophète (saw) s'approcher de lui et s'interposer entre lui et le feu en le protégeant de son manteau. Cette vision bouleversa Kâlid qui vit là un signe du destin. Le lendemain matin, il se hâta vers Abû Bakr et lui raconta ce qu'il avait vu en rêve. Ce dernier lui dit : "Ô Kâlid, c'est le bien que je veix pour toi. C'est le Messager de dieu (saw) que tu as vu. Suis-le, car l'Islam te sera une barrière contre le feu."

 

Et cet homme illustre, que la quête de dieu attirait, s'en alla à la recherche du Messager de dieu (saw) pour proclamer sa conversion à l'Islam. A partir de ce jour, une métamorphose totale s'opéra en lui. Kâlid devint un autre homme. Il venait de découvrir les jouissances que procure la foi, la spiritualité et l'amour de dieu. Il n'allait vivre que pour cette idéal. Il va de soi que sa conversion ne resta pas secrète. Son père, mis au courant, l'appela et l'interrogea en ces termes : "Est-ce vrai que tu vient de rejoindre Mohammed (saw) qui ne cesse de dire du mal de nos divinités ?"

 

Notre illustre compagnon répondit : "Oui, je l'ai rejoint et j'ai cru en lui, par Dieu, il est sincère et ce qu'il dit est vrai !" Excédé, son père le frappa durement puis l'emprisonna dans une pièce et le soumit au supplice de la soif. Mais rien n'y fit, et notre glorieux compagnon ne cessait de répéter comme un leitmotiv : "Par Dieu, il est sincère et je crois en lui." Son père, qu'une telle proclamation mettait hors de lui, l'emmena alors dans le dessert aride de la Mecque et le laissait des heures durant dans la chaleur caniculaire et suffocante sans une goute d'eau ou un coin d'ombre. Les séances de torture alternaient avec les promesses et les tentatives de séduction, mais Kâlid, imperturbable, répondait : "Je n'abandonnerai jamais l'Islam et je mourrai musulman, advienne que pourra !" Alors, désespéré de voir revenir à ses anciennes croyances, son père lui dit : "Va-t-en, ô insolent, par Lât, je te priverai de ressources !" Kâlid lui répondit : "Dieu est le meilleur dispensateur de ressources."

 

Kâlid quitta le luxe et l'opulence de la maison paternelle sans aucun regret, tant il est vrai qu'il savait que sa nouvelle foi exigeait de lui ascétisme et détachement des choses de ce monde. Mais qu'importe. Notre illustre compagnon était prêt à tout abandonner pour préserver sa foi ; les richesses, la vie facile et les honneurs, il n'en a que faire. Son choix était fait. Il sera musulman et advienne que pourra.

 

Lors de la deuxième émigration en Abyssinie, il sera du nombre de ceux qui partiront pour échapper aux persécutions des qurayshites. Il restera là-bas jusqu'à la prise de Khaybar par les musulmans. La société islamique était en train de se constituer doucement mais sûrement. Kâlid y prit sa place et contribua avec ses compétences et ses atouts à leur édification et à leur défense. Certes, il avait regretté de ne pas avoir assisté à la bataille de Badr, mais le Messager de dieu (saw) lui avait dit : " Ne regrette rien, ô Kâlid, car les gens ont eu une seule émigration alors que vous en avez eu deux. Vous êtes partis chez le roi d'Abyssinie et vous êtes revenus auprès de moi."

Le Prophète (saw) l’estimait beaucoup et lui vouait une grande confiance. C’est ainsi qu’il l’envoya comme gouverneur au Yémen d’où il ne revint qu’après la mort du Prophète (saw). C’était lors de l’investiture d’Abû Bakr comme calife. On rapporte que notre illustre compagnon resta plus de trois mois avant de faire allégeance à Abû Bakr. Il semble qu’il ait préféré que le califat soit confié a ‘Ali ou à ‘Uthmân. Quoi qu’il en soit, ceci n’altéra en rien les relatons cordiales et fraternelles avec Abû Bakr qui l’estimait beaucoup. C’est à lui, en effet, qu’il confia le commandement des armées en route vers la Syrie pour combattre les troupes romaines. Cependant, suite à l’intervention de ‘Umar Ibn Al-Khattâb, le commandement lui fut retiré et confié à Shurahbil Ibn Hasna. Khâlid accepta d’être un simple soldat sous le commandement de Shurahbil et n’en tint nullement rancune à ‘Umar. Il continua à l’aimer et à l’estimer jusqu’à sa mort, nous rapporte sa fille Um Khâlid. Avant le départ des armées en Syrie, Abû Bakr fit à Shurahbil les recommandations suivantes :

 

« Observe Khâlid Ibn sa’îd, et sache que tu as des obligations vis-à-vis de lui, comme tu aurais aimé qu’il ait des obligations vis-à-vis de toi, si tu étais à sa place et lui à la tienne. Et tu n’ignores pas la place qu’il occupe parmi les musulmans. Et tu n’ignores pas qu’il était gouverneur du temps du Messager de Dieu (saw). Je lui avais confié, certes, le commandement et je le lui avais retiré. Et il se peut que cela lui soit profitable pour sa foi, car je n’envie jamais quelqu’un pour le pouvoir. Je lui ai laissé la liberté de choisir avec quel commandement il préférait être, et il t’a préféré à son cousin ‘Amar. » En effet, Khâlid avait choisi d’être avec Shurahbil plutôt qu’avec son cousin ‘Amar Ibn Al-‘Âs. Il dit à Abû Bakr : « Mon cousin m’est préférable par la parenté et Shurahbil par la ferveur religieuse. » Et c’est ainsi que notre illustre compagnon accepta de guerroyer comme simple soldat sous le commandement de Shurahbil Ibn Hasna. Durant la terrible bataille de Marj As-Sufr contre les romains, Khâlid s’illustra glorieusement en donnant toute la mesure de sa bravoure et de son aspiration au martyr. De se fait, à la fin de la bataille, on trouva son corps parmi les dizaines de martyrs tombés ce jour-là, dont ses frères ‘Amr et ‘Abbân. Que Dieu soit satisfait d’eux et de tous les compagnons du Messager de Dieu (saw).




Tirait du livre : Les compagnons du Prophète (tome1) Les premiers

hommes de l'Islam. Par Messaoud Abou Oussama

 

 

 

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