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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 11:26

                                                                               Sa’îd Ibn ‘Amâr

Parmi la foule de mecquois qui assistait au supplice du martyr Al-Khabbâb Ibn’Adiy dans les environs de la Mecque, il y avait un jeune homme, imposant par sa haute taille et sa force physique, qui jouait des coudes pour voir le glorieux Al- Khabbâb subir les tortures et la crucifixion avec courage et dignité. Bien qu’étant encore polythéiste,  Sa’îd Ibn ‘Amâr n’en était pas moins sensible aux manifestations de la Vérité. Et ce jour-là, son âme et son cœur virent dans l’attitude héroïque d’ Al- Khabbâb une manifestations de cette Vérité. Comment pouvait-il en être autrement lorsqu’il voit que cet homme que l’on mène à la mort, songe à faire sa prière dans la sérénité et la quiétude sans se soucier de ce qui va lui arriver ? Comment accepter qu’il se résigne à son sort en refusant catégoriquement que Mohammed (saw) soit à sa place comme le lui suggéraient ses tortionnaires ?

La scène que vécut  Sa’îd Ibn ‘Amâr, ce jour-là, le hanta longtemps après. Il ne pouvait chasser de son esprit l’image d’Al-khabbâb crucifié et le corps lacéré. Mais, plus que cela, le sacrifice d’Al-khabbâb lui appris plusieurs choses. Il lui a appris que la foi en un idéal vrai et sacré mérite qu’on se sacrifie pour elle. Il lui a appris également que la vrai et foi vécue intensément suscite des miracles et des prodiges. Il lui a appris enfin que cet homme -Mohammed (saw)- aimé autant par ses compagnons ne pouvait être un imposteur. Toutes ces choses-là vont le préocuper pendant plusieurs jours. Il ne cessait de penser à cela, et l’image d’ Al- Khabbâb succombant sous les tortures sans renier sa foi, défilait sans cesse devant ses yeux.  Après plusieurs jours de réflexion, le cœur de Sa’îd Ibn ‘Amâr commença à s’ouvrir à la lumière divine. Et c’est solennellement qu’il proclama sa conversion à l’Islam au milieu d’une foule de gens.

Quelque temps après, il émigra à Médine où il fréquentera assidûment le cercle du Messager de dieu. Il participera à la bataille de Khaybar et à d’autres expéditions. D’un tempérament calme et pondéré, il était discret et effacé, ce qui explique qu’il ne soit pas aussi connu que les autres compagnons. Mais ceci n’enlève rien au mérite de cet illustre homme.

Un jour, entrant chez ‘Umar, il l’interpella en ces termes : «  Ô ‘Umar, crains dieu pour les hommes et ne crains pas les hommes pour dieu ! Que tes actes ne contredisent pas tes paroles ! Ô ‘Umar, sois toujours attentif à ceux qui t’ont chargé de cette responsabilité, qu’ils soient ici ou ailleurs ! Aime pour eux ce que tu aime pour toi et pour tes proches, et déteste pour eux ce que tu déteste pout toi et pour tes proches. Fonce lorsque le droit et la justice l’exigent et ne crains pas dans la voie de Dieu les reproches des gens. »

-‘Umar lui rétorqua : « Et qui peut faire toutes ces choses-là, ô Sa’îd ? »

-Il  lui répondit : « Un homme comme toi que Dieu a investi de la responsabilité de la communauté de Mohammed (saw) et qui ne met rien d’autre entre lui et Dieu. »

-‘Umar qui aimait qu’on lui donne des conseils (et qui disait souvent : « Dieu fasse miséricorde à celui qui me montre mes faiblesses. » fut très content d’entendre de tels conseils venant de la part d’un illustre compagnon. C’est alors qu’il lui proposa de gouverner Hims qui était vacant et qui aurait besoin d’un homme de sa stature.

-Mais, contre toute attente, Sa’îd lui répondit : « Je te conjure, ô Umar, ne me mets pas à l’épreuve ! »

-Umar, visiblement vexé, lui rétorqua : « Malheur à vous ! M’avez-vous chargé de la responsabilité du califat en me laissant seul ? » Il ajouta : «  Par Dieu, je ne te laisserai pas te dérober à cette responsabilité ! » Et il insista tant et si bien qu’il finit par le convaincre. Il lui dit : « Veux-tu qu’on te fixe une source de revenus ? »

-Sa’îd répondit : « Pourquoi faire, mon salaire du bayt al-mâl (trésor public) me suffit amplement. »  Et il partit pour Hims en compagnie de son épouse. Quelque temps après, des nobles de Hims vinrent en visite à Médine. ‘Umar, qui les avait reçus, leur demanda de lui établir la liste de tous les nécessiteux de Hims afin de leur venir en aide. Lorsqu’il reçut la liste il fut surpris de voir le nom de Sa’îd Ibn ‘Amâr mentionné. Il demanda des explications et on lui répondit : « Nous avons remarqué qu’il se passait plusieurs jours sans qu’un feu ne soit allumé chez lui. » ‘Umar pleura jusqu’à ce que les larmes mouillent sa barbe. Un gouverneur nécessiteux, cela ne pouvait arriver qu’à un compagnon du Messager de dieu (saw) qui  avait vendu la vie d’ici-bas pour celle de l’Eternité. Le califat prit une somme de mille dinars et la donna à la délégation en leur disant : «Transmettez mon salut à Sa’îd et dites lui :’ voici une somme d’argent qui te permettra de subvenir à tes besoins.’ »

En recevant cet argent, notre pieux compagnon eut une réaction de rejet qui fit accourir son épouse.

-Celle-ci lui demanda : « Qu’y a-t-il ? L’Emir des croyants est-il décédé ? »

-Il lui répondit : « C’est plus grave que cela ! »

-Elle ajouta : « Les musulmans ont-ils perdu une bataille ? »

-Il lui rétorqua : « Non, c’est plus grave que cela ! »

-Elle dit : «Mais qu’est ce qui est plus grave que cela ? »

-Il lui répondit alors : «Ce bas monde vient d’entrer chez moi pour me faire perdre l’au-delà et la tentation s’est installée dans ma demeure ! »

-Ne sachant pas de quoi il parlait, elle lui dit : « débarrasse-toi d’eux ! »

-Il lui dit : « M’aideras-tu dans ma tâche ? »

-Elle répondit : « Oui, bien sûr ! »

-Alors, il sortit l’argent et lui dit : « Je vais le distribuer aux pauvres parmi les gens de Hims. »

Ainsi était cet homme admirable que les attraits de ce bas monde n’ont jamais pu éblouir. Un jour le califat ‘Umar, venu en visite à Hims, reçut les doléances de ses habitants. Certains d’entre eux lui présentèrent une plainte des plus saugrenues contre leur gouverneur Sa’îd Ibn ‘Amâr . Cette plainte se résumait en quatre points :

-Le gouverneur ne se montre à eux que lorsque le jour montre toute sa clarté.

-Il ne répond à personne la nuit.

-Une fois par mois, il disparaît complètement et personne ne le voit.

-De temps à autre, il est sujet à des pertes de connaissance.

Devant cet état de fait, Umar convoqua Sa’îd en se disant : « Ô Dieu, ne me décois pas à son sujet car j’ai une grande confiance en lui…. » Lorsqu’il fut en face de lui, ‘Umar lui dit : « voilà ce que disent les habitants de Hims à ton sujet. Qu’as- tu à dire, ô Sa’îd ? »

-Gêné, mais obligé de dire la vérité, notre pieux compagnon répondit :  «Par Dieu, je ne voulais pas parler de cela, mais puisqu’il le faut, qu’on en parle. Ils disent qu’ils ne te voient que lorsque le jour atteint sa pleine clarté. Bien sûr, puisque ma femme n’ayant pas de domestique, c’est moi-même qui pétris ma farine, la laisse fermenter puis cuis mon pain. Ensuite, je fais mes ablutions pour la prière d’ad-duha –prière surérogatoire du matin- avant de sortir à leur rencontre. »

-‘Umar loua Dieu et lui dit : « Et pour le deuxième reproche ? »

-Sa’îd dit «  Bien que je répugne à le dévoiler, je consacre jour à recevoir les gens et la nuit pour adorer Mon Seigneur. » Il continua : « Quand au fait que je disparais un jour par mois, j’ai déjà dit que je n’avais pas de domestique. Aussi, c’est moi-même qui lave mon seul vêtement. C’est pourquoi j’attends toute la journée jusqu’à ce qu’il sèche pour sortir. Enfin, pour ce qui concerne mes pertes de connaissance, je vais vous en donner la raison. J’étais présent le jour où les qurayshites torturèrent à mort Al-Khabbâb Ibn’Adiy. J’ai vu comment ils lacéraient son corps en lui disant :  «aimes-tu que Mohammed (saw) soit à ta place. » Et lui de répondre : « Non par Dieu, je ne voudrais jamais être en sécurité avec ma famille alors que le Messager de Dieu souffre de la piqûre d’une épine. » A chaque fois que je me souviens de cette scène, et que je prends conscience que je suis pas venu en aide à Al-Khabbâb, j’ai peur du châtiment de Dieu et je perds connaissance. »

-A la fin de ces belles et émouvantes paroles, ‘Umar s’écria : « Je rends grâce à Dieu de ne pas m’avoir déçu ! » Et il entoura Sa’îd de ses bras en l’embrassant sur le front.

Un gouverneur qui se comporte ainsi, ne peut être, comme nous l’avons dit, qu’un homme sorti tout droit de l’école di Prophète (saw), une école où l’on apprend que ce bas monde n’est pas une fin en soi, un but, mais une passerelle vers le vrai monde, la vraie vie, la vie éternelle. Sa’îd était un pur produit de cette école.

Un jour, on lui dit : «  Dépense pour toi et pour ta famille et profite des délices de la vie. » Et lui de répondre : « Non, je ne serai pas en reste des premiers croyants après avoir entendu l’Envoyé de Dieu (saw) dire :’Dieu qu’Il soit glorifié, rassemblera les gens le jour du jugement dernier. C’est alors que les pauvres parmi les croyants viendront d’un pas léger et s’envoleront comme s’envolent les colombes. On leur dira : ‘Attendez d’être jugé.’ Mais eux répondront : ‘Nous n’avons aucun compte à rendre.’ Alors Dieu dira : ‘Mes serviteurs ont raison.’ Et ils franchiront les portes du paradis…. »

C’est en l’an vingt de l’hégire que cet illustre compagnon rendit son âme à Dieu. Il avait attendu longtemps pour pouvoir rejoindre le bien-aimé Prophète (saw) et les compagnons qui l’avaient précédé. Qu’il se réjouisse maintenant de leur compagnie pour l’éternité !

 

Tirait du livre : les compagnons du Prophète (Tome1) Les premiers hommes de l’Islam par Messaoud Abou Oussama.                             

 

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